Bulletin pour le Réseau canadien de recherches antarctiques : vol 30, mai 2011

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XXXIe assemblée et conférence scientifique du CSRA, Buenos Aires, Argentine, 9-11 août 2010

La XXXIe biennale du Comité scientifique pour les recherches antarctiques (CSRA) s'est tenue à Buenos Aires, Argentine, du 30 juillet au 11 août 2010. Les séances de travail, qui ont eu lieu durant les quatre premiers jours, ont permis aux membres des trois groupes scientifiques permanents (GSP) et des deux comités permanents (CP) d'examiner les progrès et de confirmer les objectifs des deux prochaines années. Parmi les Canadiens, Kathy Conlan, chef du groupe scientifique permanent des sciences de la vie (GSP-SV), était la personne la plus engagée. Simon Ommanney a assisté aux réunions du CP de l'information géographique sur l'Antarctique (CP-IGA), à la réunion conjointe que ce groupe a tenue avec des représentants du CP de gestion des données sur l'Antarctique (CP-GDA) et à une partie de la réunion du GSP des sciences physiques (GSP-SP). Les délégués se sont réunis du 9 au 11 août, en plénière et en deux groupes, pour déterminer l'orientation future du CSRA et examiner les rapports et recommandations des GSP et des CP. Les comptes rendus de ces deux séances sont présentés ci-après. La conférence scientifique publique sur l'Antarctique, Witness to the Past and Guide to the Future, s'est déroulée du 3 au 6 août. Le Canada y était bien représenté. Voici la liste des présentations des personnes affiliées au Canada (noms en caractères gras, avec numéros de résumés entre parenthèses) :

Présentations à la conférence scientifique du CSRA

Abele, D. et 11 autres (dont I. Schloss). Rapid climate related change at King-George Island: an inter-disciplinary approach to coastal systems change (2).

Allcock, A.L. et 8 autres (dont D. Steinke). Cryptic speciation and the circumpolarity debate: a case study on endemic Southern Ocean octopuses using the COI barcode of life (22).

Antoniades, D., J.M. Blais, M. Toro, R. Pienitz, A. Quesada et W.F. Vincent. Reconstructing past abundances of southern elephant seals from Byers Peninsula, Livingston Island from the sedimentary record (34).

Campana, G.L., M.L. Quartino, G. Ferreyra et F. Momo. Ultraviolet radiation influences the feeding behaviour and grazing rate of a common Antarctic benthic amphipod (114).

Campana, G.L. et 7 autres (dont A. Ferreyra). Impacts of UV radiation and grazers on the colonization of marine benthic primary producers in Antarctica (Part II: subtidal communities) (113).

Curtosi, A., E. Pelletier, C.L. Vodopivez, R. St-Louis et W.P. Mac Cormack. Presence and distribution of some persistent toxic substances in sediments and marine organisms of Potter Cove, Antarctica (184).

De Bruin, T.F., K. Finney, S. Gordon, H. Campbell et membres du SCADM (incluant P.L. Pulsifer). SCADM, promoting and curating the vital data legacy of Antarctica (197)

De Bruin, T.F. et 6 autres (dont S. Tomlinson et E. LeDrew et le groupe de la gestion des données sur l'API). The state of polar data (196).

Di Fiori, E. et 7 autres (dont I. R. Schloss et G. A. Ferreyra). The role of phytoplankton in carbon dioxide exchange between the atmosphere and the ocean in the Weddell Sea (206).

DiTullio, G.R. et  8 autres (dont P.D. Tortell). CORSACS: controls on Ross Sea algal community structure. (213).

Ferreyra, G.A., I.R. Schloss, M.P. Hernando, E.A. Hernández et S. Demers. Evidence of ultraviolet B effects on Antarctic coastal phytoplankton and bacterioplankton from an in situ field experiment (252).

Gurney, L.J. et E.A. Pakhomov. An ecosystem model to explore population dynamics of top predators at the Prince Edward Islands (Southern Ocean) (327).

Hernández, E.A., G.A. Ferreyra, S. Vazquez, L.A. Ruberto, S. Coria et W.P. Mac Cormack. The vertical mixing as a regulating factor of the UVR effects on bacterioplankton from an Antarctic marine coastal environment (341).

Hernando, M., I. Schloss, G. Malanga, P. S., M. Hoffmeyer et G. Ferreyra. Impact of coastal melt-waters on the Antarctic phytoplankton (343).

Hunt, B.P.V. et 10 autres (dont E.A. Pakhomov). The summer, autumn and winter distribution of macrozooplankton and micronekton between the surface and deep mesopelagic layers of the Lazarev Sea (Antarctica): seasonal cycles and implications for ecosystem functioning (361).

Pakhomov, E., S. Kaehler, B. Hunt et U. Bathmann. Latitudinal and seasonal variability of surface POM stable isotope signatures in the Southern Ocean: implications for the pelagic food web and top predator foraging studies (573).

Pakhomov, E.A., B.P.V. Hunt, V. Siegel et U. Bathmann. Seasonal and inter-annual dynamics of the epipelagic mesozooplankton community in the Lazarev Sea (572).

Paparazzo, F.E., I.R. Schloss, V.A. Alder et J.L. Esteves. Zonation of near-surface Drake Passage waters based on discriminant analysis of environmental data (580).

Pelletier, E., A. Curtosi, C.L. Vodopivez et W.P. Mac Cormack. Human impacts in Antarctic Peninsula coastal zones: the case study of Potter Cove, South Shetland Islands (592).

Pelletier, E., D. Delille et F. Coulon. Bioremediation potential of bacterial communities for spilled oil spills: examples from Kerguelen Islands and Dumont d'Urville Station (591).

Peltier, W.R. Antarctic deglaciation history: modern geodynamic impacts (864).

Peltier, W.R. Antarctic deglaciation history: the ICE-6g (VM5a) model (593).

Prikryl, P., P.T. Jayachandran et S.C. Mushini. GPS scintillation climatology study with Canadian High Arctic ionospheric network (625).

Prikryl, P. et  8 autres (dont P.T. Jayachandran, E. Spanswick et E. Donovan). First comparative scintillation study using Arctic and Antarctic GPS receiver arrays (626).

Sahade, R. et 19 autres (dont I. Schloss). Coastal ecosystem responses to global warming: a small-scale case at Potter Cove (673).

Schloss, I.R., D. Abele, G.A. Ferreyra, O. González, S. Moreau et S. Demers. Response of Potter Cove phytoplankton dynamics to long term climate trends (694).

Schloss, I.R., F. Momo, G.A. Ferreyra et S. Demers. A model for the study of the combined effects of increased ultraviolet-B radiation and temperature on marine microplanktonic food webs (695).

Wadham, J.L. et 12 autres (dont M.J. Sharp). The Antarctic ice sheet as a source of biogenic methane to the atmosphere (816).

Willis, M., T. Wilson, T. James, S. Mazzotti, A. Brown et M. Bevis. GPS observations in the Antarctic interior: implications for GIA models and ice sheet mass change (835).

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XXXIe assemblée du CSRA - Délégués

Steven C. Bigras

Depuis 1994, la Commission canadienne des affaires polaires (CCAP) représente le Canada au sein du Comité international pour les sciences arctiques (CISA) et du Comité scientifique pour les recherches antarctiques (CSRA). Le CSRA est un comité interdisciplinaire du Conseil international pour la science (CIS). Il est chargé d'entreprendre, de promouvoir et de coordonner les travaux de recherche scientifique en Antarctique et de fournir des conseils scientifiques relativement au système du Traité sur l'Antarctique.  La Commission défend les intérêts du Canada en ce qui concerne la science antarctique et bipolaire. Elle communique l'information pertinente du Comité aux chercheurs du Canada qui s'intéressent aux questions polaires. Le Comité canadien de la recherche antarctique (CCRA) créé par la Commission en tant que comité national du Canada relevant du CSRA donne des conseils sur les questions de recherche antarctique, permet aux chercheurs canadiens de participer aux activités de planification cruciales et encourage la coopération internationale en recherche antarctique et bipolaire.

Le CSRA convoque ses délégués tous les deux ans pour qu'ils fixent les priorités, examinent les progrès accomplis et dirigent les activités. À ces réunions, les délégués approuvent les finances du CSRA et formulent les principes ainsi que la stratégie à suivre, au nom des membres.

L'étude de l'Antarctique et de l'océan Austral, et du rôle qu'ils jouent dans le système terrestre n'a jamais été aussi  importante, vu les énormes changements que connaît la région et leurs conséquences sur l'ensemble de la planète. Dans cette optique, le 9 août 2010, le professeur Mahlon « Chuck » Kennicutt II, président du CSRA, a inauguré la XXXIe assemblée des délégués et préparé le terrain de ce qui devait être un tournant dans l'histoire du CSRA.

Des délégués venus de quelque 35 pays se sont réunis pour passer en revue et commenter un nouveau plan stratégique couvrant une période de six ans (2011-2016.) Le but : inciter le CSRA à revenir à ses principes de base, c'est-à-dire être le principal facilitateur-défenseur international non gouvernemental de la recherche sur la région antarctique; fixer l'objectif et donner des conseils scientifiques d'expert pour le Traité sur l'Antarctique et d'autres instruments; et attirer l'attention des décideurs sur les questions d'actualité. Ces principes sont encore pertinents de nos jours.

Selon la vision stratégique du CSRA, la science antarctique devrait profiter à tout le monde, l'excellence en science est fort prisée et la connaissance scientifique sert à informer les décideurs.

Le plan stratégique vise à encourager le dévouement chez les membres du CSRA et dans la collectivité qu'il dessert et à concrétiser la vision, la mission et les buts du Comité. Il formera la base de la prise de décisions collective sur les priorités et l'affectation des ressources pour les six prochaines années.

Le CSRA exécutera sa mission de la manière suivante :

  • Il encouragera l'excellence en recherche sur l'Antarctique et l'océan Austral, en élaborant des programmes scientifiques transformationnels qui s'attaquent aux questions d'importance régionale et mondiale;
  • Il scrutera l'horizon pour cerner les questions qui évoluent et les nouvelles frontières de la science antarctique;
  • Il étendra ses activités pour qu'elles incluent l'élément humain (histoire, sciences sociales, valeur de l'Antarctique, etc.);
  • Il donnera des conseils scientifiques objectifs et indépendants sur la préservation et la gestion de l'Antarctique et de l'océan Austral;
  • Il s'associera aux organismes consultatifs du Traité sur l'Antarctique (Convention sur la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique, Conseil des directeurs des programmes nationaux relatifs à l'Antarctique, etc.) pour donner des conseils scientifiques d'expert objectifs;
  • Il étendra à un plus vaste public sa sphère d'influence consultative sur les enjeux planétaires (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, etc.);
  • Il s'associera aux organismes qui ont des intérêts complémentaires, pour faire face aux problèmes régionaux et mondiaux;
  • Il donnera des occasions d'expliquer les résultats des plus récentes études, d'échanger de l'information sur les dernières constatations scientifiques et favorisera la communication interdisciplinaire (conférences scientifiques, symposiums, colloques, revues, évaluations, synthèses, etc.);
  • Il préconisera une philosophie interdisciplinaire et éliminera les obstacles à l'enrichissement mutuel des idées;
  • Il favorisera la coopération avec ses homologues qui s'intéressent à l'Arctique (Comité international pour les sciences arctiques, etc.);
  • Il préservera et mettra à profit l'héritage de l'API 2007-2008;
  • Il facilitera le libre accès aux données scientifiques sur l'Antarctique, en tant que portail des collections de données;
  • Il augmentera la capacité des étudiants et des scientifiques en début de carrière (Association of Polar Early Career Scientists, etc.);
  • Il défendra les programmes antarctiques nationaux qui voient le jour;
  • Il recrutera des pays qui n'ont pas participé à la recherche antarctique dans le passé;
  • Il favorisera l'intégration de la science antarctique aux systèmes d'éducation, à tous les niveaux;
  • Il renseignera le public et les médias sur l'importance de la connaissance qu'apporte l'étude de l'Antarctique et de l'océan Austral.

Le CSRA mène son activité scientifique par l'entremise de ses groupes scientifiques permanents (GSP) qui représentent les disciplines de la recherche antarctique. Ces trois groupes sont : le groupe des sciences de la Terre (représentants canadiens : Wayne Pollard, Université McGill, et Peter Pulsifer, Université Carleton), le groupe des sciences de la vie (Kathleen Conlan, Musée canadien de la nature; pr Marianne S. V. Douglas, Université de l'Alberta) et le groupe des sciences physiques (Tom James, Ressources naturelles Canada).

Cinq principaux programmes de recherche scientifique relèvent des trois GSP.

Évolution du climat antarctique (programme ACE) : Le but de ce programme est de poursuivre les études sur le climat antarctique et l'histoire glaciaire au moyen de la modélisation des paléoclimats et des nappes glaciaires. (GSP des sciences de la Terre)

Environnements de lacs sous-glaciaires de l'Antarctique (programme SALE) : Une enquête exhaustive sur le système hydrologique à l'interface avec le substrat rocheux de la couche de glace posera un défi de taille pour l'avenir, car la dynamique de la nappe glaciaire pourrait dépendre de ce système. (GSP des sciences de la Terre)

Évolution et biodiversité dans l'Antarctique (programme EBA): Ce programme multidisciplinaire international s'intéresse aux réactions des organismes vivants face aux changements. Les responsables examinent l'évolution de l'ensemble des être vivants de l'Antarctique. (GSP des sciences de la vie)

Antarctique et système climatique planétaire (programme AGCS) : Ce programme de recherche majeur s'intéresse à la nature des liens atmosphériques et océaniques entre le climat de l'Antarctique et celui du reste de la Terre, ainsi qu'aux mécanismes pertinents. (GSP des sciences physiques)

Effets de la conjugaison interhémisphères dans les systèmes Soleil-Terre et aéronomie (programme ICESTAR) :Ce programme déploie toute une grille d'instruments sur une grande partie de la région polaire du Sud pour l'acquisition de connaissances exhaustives sur le système Soleil-Terre. (GSP des sciences physiques)

La XXXIeassemblée du CSRA a fait ressortir les liens accrus qui existent entre les chercheurs à l'échelle internationale. On a signé des lettres d'entente avec d'autres membres du CIUS, notamment le Comité international pour les sciences arctiques (CISA) l'Association internationale des Sciences de la Cryosphère(AISC), le Comité scientifique pour les recherches océaniques (CSRO) et le Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC), afin d'encourager et de faciliter la concertation pour les initiatives bipolaires. D'autres ententes ont été signées : celle conclue avec l'Association of Polar Early Career Scientists (APECS) contribue au perfectionnement de la prochaine génération de scientifiques des affaires polaires; et l'autre, avec l'Association internationale du pergélisol (AIP), porte sur la recherche polaire.

Pour de plus amples renseignements sur le plan stratégique 2011-2016 du CSRA ou ses activités et programmes, je vous invite à consulter le site Web de l'organisme. Si vous vous intéressez à la recherche canadienne dans l'Antarctique, veuillez consulter le site Web de la CCAP et du CCRA

Steven C. Bigras est l’ancien principal délégué du Canada auprès du CSRA et l'ancien directeur exécutif de la Commission canadienne des affaires polaires; Il a pris sa retraite en janvier.

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XXXIe assemblée du CSRA - Comité des délégués aux affaires scientifiques

C. Simon L. Ommanney

Le Comité des délégués aux affaires scientifiques reçoit les comptes rendus des chefs de groupe du CSRA sur les activités des divers groupes scientifiques du CSRA et d'autres représentants qui fournissent les dernières nouvelles sur les programmes de recherche scientifique (PRS) du CSRA. Il reçoit aussi les demandes de création de groupes de planification des programmes (GPP) qui préparent le terrain aux nouveaux programmes de recherche. (Pour plus de précisions sur les sujets traités ci-après, consulter le site Web du CSRA.)

Les points saillants des activités du CSRA (individuelles ou conjointes des GSP), incluent le rapport de 560 pages intitulé Antarctic Climate Change and the Environment (ACCE) ainsi que : la constatation que l'accroissement des glaces marines et des vents circumantarctiques a limité l'impact du réchauffement planétaire sur le climat antarctique; la confirmation que les aurores polaires du Nord et du Sud peuvent être totalement asymétriques; l'extension du nombre de codes-barres ADN de l'Antarctique jusqu'à >10 k; les observations de changements dans les refuges qui ont permis à certains biotes de survivre malgré les glaciations répétées; la reconstitution de >20 millions d'années de l'histoire du climat et de l'inlandsis par le projet ANDRILL, à McMurdo Sound; l'approbation d'une politique sur la gestion des données du CSRA pour les cinq prochaines années; et l'attribution à Steven Chown du prix Martha T. Muse de 100 k$ pour les travaux scientifiques et sur les politiques en Antarctique.

Les quatre GPP suivants ont reçu des crédits pour l'élaboration de nouveaux PRS : Solid Earth Responses and Influences on Cryospheric Evolution (SERCE); Antarctic Ecosystems, Adaptations, Thresholds and Resilience (AntETR); State of the Antarctic Ecosystem (AntEco); et Past and Future Change of the Antarctic Environment (PACE).

Le groupe SERCE synthétisera et interprétera des données obtenues grâce aux capteurs géophysiques déployés par le réseau international Polar Earth Observing Network (POLENET) au cours de l'API. Il compte promouvoir la communication et la coordination avec les groupes qui étudient les  changements dans la masse de glace polaire, l'ajustement isostatique et la contribution de la nappe glaciaire à l'élévation du niveau des mers. Le groupe d'experts chargé de l'exploration géologique sous-glaciaire (SIeGE) a été dissout et intégré au SERCE.

Alessandro Capra a présenté le rapport du GSP des sciences de la Terre. Avec le GSP-SV, le groupe d'action sur le suintement froid et les cheminées hydrothermales dans l'Antarctique (SAVANT) a trouvé des moyens de détecter les suintements et les cheminées sous-marins par des procédés physiques et de classer différents  indicateurs; un manuel de terrain sera rédigé. On a mené une étude pilote qui a recensé quatre endroits  convenables aux indicateurs : ceux où les suintements menacent des écosystèmes marins connus ou présumés; ceux les observations laissent  soupçonner l'existence de suintements; et ceux qui présentent des caractéristiques associées aux suintements.

Le groupe d'action du GSP de prévision météorologique et de la météo spatiale essaie, avec le GSP-SP,  d'étendre le réseau GPS for Ionospheric Scintillation and TEC Monitor (GISTM) dans les deux régions polaires. Des travaux ont fait ressortir le rôle des bordures de l'ovale auroral et de la faille magnétosphérique lors des périodes de scintillation ionosphérique. Un site Web fournissant plus de précisions a été créé par l'Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia.

Le GE de l'infrastructure géodésique de l'Antarctique (GIANT) a créé des groupes de travail chargés des éléments suivants : observatoires permanents; mouvements de la croûte terrestre à travers les âges; géodésie physique; contrôle géodésique; données des maréomètres;  évaluation des  modèles de systèmes mondiaux de navigation par satellite dans l'Antarctique (GNSS); modèles d'élévation numériques; positionnement cinématique; modernisation des GNSS; école de géodésie antarctique d'été.

Le GE  du pergélisol et des environnements périglaciaires (EGPPE) s'est consacré à l'amélioration de l'échange de renseignements et de données par ses réunions et ses publications. Les projets sont menés sous l'égide de l'ANTPAS, le groupe qui s'intéresse au pergélisol, aux sols et aux environnements périglaciaires de l'Antarctique et de la zone subantarctique. Ce groupe a le mandat suivant : établir la cartographie des sols et du permafrost de l'Antarctique; assurer l'accès aux données sur le Web; mettre sur pied un programme de puits de forage ainsi que des systèmes de surveillance. Hugh French (Université d'Ottawa) coordonne la terminologie et les légendes pour la carte, et Charles Tarnocai (Agriculture and Agroalimentaire Canada) signale les particularités des sols et les éléments géomorphologiques tout en gérant la base de données pour le groupe des sols et de la géomorphologie.

On espère obtenir le soutien nécessaire pour terminer la carte bathymétrique internationale de l'océan Austral (IBCSO).

Depuis l'an 2000, on a obtenu de nouvelles données sur les caractéristiques aéromagnétiques et de levés faits à partir de navires.  Ces données couvrent une distance de plus de deux millions de km.  Les résultats de l'observation des champs magnétiques à bord du satellite CHAMP (à des altitudes de 300-325 km) indiquent de nouvelles contraintes sur les anomalies de la croûte terrestre de l'Antarctique.  Ces développements dans la collecte de données permettront de fournir d'ici peu de temps une compilation ADM nouvelle génération (ADMAP-2011).

Une importante activité du GSP sera le 11e symposium international du CSRA sur les sciences de la Terre en Antarctique (ISAES) qui se tiendra à Édimbourg du 10 au16 juillet 2011. On a créé un nouveau groupe d'action chargé de l'acquisition de données de sondages bathymétriques par secteur.

Kathy Conlan (Musée canadien de la nature) a présenté le rapport du GSP des sciences de la vie SSG, en commençant par les propositions d'AntETR et d'AntEco. Le premier groupe propose d'examiner les processus biologiques des écosystèmes antarctiques, d'indiquer leur limite de tolérance et ainsi déterminer leur résistance et leur résilience face aux changements. Le second tente d'acquérir des connaissances sur la biodiversité dans les milieux antarctiques et subantarctiques et la région de l'océan Austral. Mme Conlan a signalé que le symposium du CSRA sur la biologie, tenu en juillet 2009 à Sapporo, avait été fructueux et que l'Espagne tiendra le prochain symposium, en 2013.

Le GE chargé de l'enregistrement du plancton en continu a produit un atlas du zooplancton de l'océan Austral qui permettra de surveiller et de prédire les changements dans le zooplancton. On a déjà noté que dans l'Antarctique oriental les populations de mésozooplancton sont maintenant supérieures à la biomasse de krill dans la zone de glaces marines. Après 45 opérations de prélèvement menées en 2009-2010, la base de données compte maintenant ~30 000 indices de plancton (résolution de 5 milles marins). Le GE des oiseaux et mammifères marins noue des liens avec la Convention sur la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique  (CCAMLR) et le système d'observation de l'océan Austral (SOOS) à l'aide de sa base de données de repérage des prédateurs en bout de chaîne. Le programme de l'API pour le recensement de la faune et de la flore marines antarctiques s'est terminé en 2010; ses résultats seront publiés dans un numéro spécial de Deep-Sea Research. La récente recherche, parrainée par le GE sur la biologie humaine et la médecine, portait sur les niveaux de densité minérale des os et de vitamine D dans les populations de l'Antarctique.

Le GSP-SV est en train de former deux autres GE : le premier  veillera au perfectionnement de la gérance technologique et environnementale pour l'exploration des milieux sous-glaciaires en Antarctique (ATHENA). Warwick Vincent (Université Laval) sera probablement l'un de ses membres.  Le second s'intéressera à l'acidification des océans.

Kathy Conlan a présenté la version finale du code de déontologie sur l'utilisation d'animaux à des fins scientifiques en Antarctique qui a été approuvé par les délégués. On a demandé aux comités nationaux de promouvoir son utilisation, d'assurer sa diffusion à grande échelle et de demander à leurs délégués de souscrire au code lorsque celui-ci sera présenté à la réunion consultative du Traité sur l'Antarctique par le CSRA, en 2011.

Maurizio Candidi a présenté le rapport du GSP des sciences physiques. Le GE du bilan massique de l'inlandsis et du niveau des mers (ISMASS) évalue les méthodes et les incertitudes dans l'estimation du bilan massique de l'inlandsis antarctique. Christina Hulbe est à la tête du groupe qui a maintenant un plan scientifique officiel.

Le GE de la météorologie opérationnelle a signalé que, depuis septembre 2009, il y avait deux lancements de radiosonde par semaine à partir de Marambio, conformément aux recommandations pour les activités dans l'île King George. L'International Antarctic Weather Forecasting Handbook a été converti en pages Web accessibles à partir des pages Web du groupe.  Le groupe d'action (GA) qui étudie la chimie atmosphérique polaire à la tropopause (PACT) a élaboré une base de données conforme à sa nouvelle définition de la tropopause chimique. Ce GA sera dissout après la publication de ses résultats.

En juillet 2009, le partenariat international pour la science des carottes de glace (PISCG) a tenu un important colloque sur la science et la technologie pour la prochaine génération de prélèvements de carottes de glace dans le monde. Il compte étendre le projet de carottage de la glace de l'Éémien dans le nord du Groenland (NEEM) pour qu'il couvre la dernière période interglaciaire des deux hémisphères. Les responsables aimeraient obtenir un nouvel indice de carotte de glace de l'Antarctique à haute résolution comparable à celui de la carotte du projet NEEM.

En 2009, le GA GPS for Weather and Space Weather Forecasting (GWSWF) a tenu une réunion visant à signaler la nécessité d'établir un réseau permanent de récepteurs GNSS pour les enquêtes à buts multiples au-dessus de l'Arctique et de l'Antarctique.

Kim Finney a présenté le rapport du comité permanent de gestion des données sur l'Antarctique (CP-GDA). Ce rapport souligne la nouvelle stratégie de gestion des données et de l'information (DIMS) du CSRA et mentionne un système de gestion des données sur l'Antarctique pouvant englober l'information sur la science antarctique des diverses disciplines. Ce but pourra être atteint par les moyens suivants : la création d'un réseau de dépôt de données interexploitables; l'amélioration de la pertinence et de l'utilité des produits du CSRA; la création d'un ensemble commun d'informations sur les questions polaires (PIC) dont les données appartiendront au PIC. Les responsables de tous les projets du CSRA devraient verser les métadonnées dans le répertoire principal sur l'Antarctique, pour tous les ensembles de données générés. On espère que les pays membres du CSRA établiront leur propre centre national de données sur l'Antarctique. En outre, les utilisateurs devraient citer leurs sources et remercier les collecteurs et fournisseurs de données. M.  Finney a décrit un prototype de service de dépôt en nuage qui pourrait recevoir les données pour lesquelles il est difficile de trouver preneur.

En l'absence de Henk Brolsma, Mike Sparrow, directeur exécutif du CSRA, a fait rapport sur l'activité du comité permanent de l'information géographique sur l'Antarctique (CP-IGA). Ce comité travaille à l'amélioration et à l'actualisation de produits tels que la base de données numériques sur l'Antarctique et le Composite Gazetteer of Antarctica, pour qu'ils soient conformes à la stratégie DIMS. Des pourparlers avec Google Earth sont en cours à propos de l'intégration de l'information sur les noms que contient le Composite Gazetteer, mais les membres du CSRA ne se sont pas entendus sur la façon d'atteindre ce but, vu les contraintes imposées par Google sur les noms et les lieux.

On note un progrès appréciable dans l'augmentation des liens entre les divers GSP. La troisième réunion des chefs s'est déroulée en août 2009, à Punta Arenas. Un atelier sur les liens transversaux a eu lieu en février 2009, à Modena, et le compte rendu a été publié dans le Bulletin 171 du CSRA.

Sergio Marenssi a entamé un débat sur les travaux scientifiques dans l'île King George (KGI) et le groupe d'action pertinent. Ce dernier a été étendu de manière à inclure les chefs des GSP du CSRA. Il y a dans cette région de nombreuses possibilités de collaboration au moyen de partenariats et d'ententes bilatérales et multilatérales pour l'atteinte de buts communs. Le CSRA est disposé à aider les responsables des programmes nationaux pour qu'ils profitent à l'ensemble de la communauté scientifique. Plusieurs discussions ont eu lieu avec les exploitants et le Conseil des directeurs des programmes nationaux relatifs à l'Antarctique (COMNAP) à propos de la meilleure façon de promouvoir les partenariats dans la région. Les délégués ont convenu qu'un atelier pourrait contribuer à allier plus efficacement la recherche du CSRA et celle de l'île King George, et qu'il faudrait envisager une plus grande collaboration entre les bases nationales et les activités scientifiques menées dans les îles environnantes.

Carlota Escutia a passé en revue le travail du PRS sur l'évolution du climat en Antarctique (ACE) et donné un compte rendu de l'atelier sur ce thème qui a eu lieu en Espagne en 2009 et d'autres ateliers de moindre envergure. Son sous-comité chargé des cartes paléotopographiques de l'Antarctique (AntSCAPE) a réalisé des cartes de la paléotopographie sous-glaciaire de la surface du continent antarctique. L'une des principales réalisations était  l'acquisition, dans le cadre du projet ANDRILL, d'un indice de sédiments montrant les avances et les retraits de la nappe glaciaire de la mer de Ross, à l'âge miocène (il y a 15 millions d'années), ainsi que la contribution des croisières de l'Integrated Ocean Drilling Program à la marge de Wilkes Land. Les délégués ont signalé que les résultats des projets et les publications du programme ACE avaient de vastes répercussions et que le PRS est très efficace et influent.

Maurizio Candidi a fait rapport sur le PRS qui s'intéresse à l'Antarctique dans le système climatique mondial (AGCS).  Il a mentionné la revue intitulée Antarctic Climate Change and the Environment (ACCE) produite conjointement par les programmes ACE et EBA, qu'on peut télécharger à partir du site Web du CSRA. Les points saillants incluent : (i) la revue ACCE; (ii) la constatation que l'augmentation de la glace de mer en Antarctique est liée au trou dans la couche d'ozone; (iii) le lien entre la sécheresse en Australie occidentale et les plus grandes chutes de neige en Antarctique; (iv) la constatation que les eaux du fond et de la couche intermédiaire sont devenues des eaux douces à cause de l'écoulement provenant de la fonte des glaces. Les intéressés peuvent trouver plus de précisions dans  son bulletin intitulé Notus. Le programme AGCS accepte les trois bases de données READER, soit Met-, Ocean- et Ice-. La première contient des données sur le climat remaniées, et la seconde, des données compilées sur les courtes carottes de glace. Il a été décidé que la glaciologie devrait continuer de relever du GSP-SP, qui convient à l'étude des processus glaciologiques, même si les indices temporels se rattachent au GSP-ST.

Kathy Conlan (Musée canadien de la nature) a présenté le rapport du PRS sur l'évolution et la biodiversité dans l'Antarctique (EBA). Elle a mentionné divers ateliers ainsi que la conférence de l'API tenue à Oslo, un grand colloque à Naples en 2009, et dit qu'une aide considérable avait été fournie aux jeunes scientifiques pour qu'ils puissent assister à la réunion de Buenos Aires. On compte de nombreuses publications, notamment le numéro spécial d'Antarctic Science sur le projet des gradients latitudinaux ainsi que des textes substantiels du groupe des sciences de la vie dans la revue  ACCE. Les points saillants : on sait maintenant que des organismes ont survécu des millions d'années dans des refuges, en Antarctique, pendant toute la durée des maximums glaciaires, même si la péninsule et le reste du continent abritent des espèces distinctes, séparées par ce qu'on appelle communément « la ligne Gressitt »; le centre d'évolution des pieuvres était l'océan Austral, à partir duquel elles se sont dispersées vers le nord; on a découvert des cheminées hydrothermales sur le plancher océanique près de l'Antarctique; au moins 200 espèces non indigènes se sont établies dans la région, et l'activité scientifique joue un  rôle majeur à cet égard; on craint que les crabes, disparus il y a 15 millions d'années, reviennent; il est évident que les écosystèmes réagissent aux changements de climat, même les faibles changements de température suscitent des réactions notables dans la végétation et chez les insectes; les variations dans la glace de mer influent sur la répartition du chlorophylle; l'acidification des océans est un vrai problème pour les escargots de mer planctoniques qui sont à la base de la chaîne alimentaire. Ces résultats et d'autres précisions sur l'activité du groupe sont présentés dans le bulletin EBA.

Maurizio Candidi a présenté le rapport du PRS sur les effets de la conjugaison interhémisphères dans les systèmes Soleil-Terre et l'aéronomie (ICESTAR) qu'on est en train de convertir en groupe d'experts (GE) (http://scar-icestar.org/) pour assurer une meilleure compréhension de l'atmosphère polaire. Les études ont montré une asymétrie imprévue aux points conjugués, aux extrémités opposées de la même ligne de champ magnétique, pour laquelleil faudrait trouver une explication. Les questions pertinentes et les observations faites à ce jour étaient soulignées dans le rapport.

Chuck Kennicutt a présenté le rapport du PRS sur les environnements de lacs sous-glaciaires de l'Antarctique (SALE) qui sera dissout et dont les futures activités seront intégrées à celles du programme ATHENA. Pour faire suite à une conférence Chapman tenue à Baltimore (mars 2010), l'American Geophysical Union compte publier une monographie sur les environnements aquatiques sous-glaciaires. Suite aux activités du programme SALE, de grands programmes de forage ont été mis en branle pour l'exploration du lac sous-glaciaire Ellsworth et du courant glaciaire Whillans, parallèlement au plan de forage dans le lac sous-glaciaire Vostok. Le Code of Conduct for the Exploration and Research of Subglacial Aquatic Environments, rédigé sous la direction de Warwick Vincent (Université Laval), a été approuvé par les délégués et sera présenté à l'ACTA/CPE, en 2011.

John Storey a présenté un rapport du PRS sur l'astronomie et l'astrophysique de l'Antarctique (AAA) qui a été officiellement mis sur pied en 2010 (www.astronomy.scar.org). Ce rapport couvre les points suivants : l'essai de sites, la validation et l'archivage; les tests dans l'Arctique; les buts scientifiques; les nouvelles grandes installations.

Les principaux sites sont le pôle Sud, les dômes A, C et  F, les crêtes B et A, et McMurdo où la qualité de l'atmosphère et l'épaisseur de la couche limite turbulente influent sur le choix du matériel à utiliser. L'observatoire  astronomique robotisé PLATeau (PLATO) conçu par des Australiens sera utilisé à des endroits comme les crêtes A et B. Il a déjà servi au travail d'observation au dôme A.

Les travaux menés dans l'île d'Ellesmere, en Arctique, apporteront des données à des fins de comparaison avec les mesures prises en Antarctique. L'un des principaux intervenants est Eric Steinbring, membre du Bureau canadien de Gemini, à l'Observatoire fédéral d'astrophysique du CNRC.

La collaboration et la coordination sont essentielles compte tenu du coût des systèmes nécessaires pour l'étude des problèmes d'astrophysique et d'astronomie. L'objectif est la mise en place d'installations communes, notamment en ce qui concerne la grand télescope polaire (GTP). Certaines opérations seront menées à partir de ballons, et les responsables du programme AAA assureront la coordination avec le projet ICECUBE.

Les délégués se sont ensuite joints aux principaux délégués pour la séance plénière à laquelle ils devaient, voter sur les diverses recommandations et examiner d'autres questions (voir le rapport précédent rédigé par Steven Bigras).

Simon Ommanney (simon.ommanney@ns.sympatico.ca) est le délégué remplaçant du Canada au CSRA et secrétaire du Comité canadien de la recherche antarctique.) est le délégué remplaçant du Canada au CSRA et secrétaire du Comité canadien de la recherche antarctique.

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Effet récent du changement sur les manchots et pinnipèdes, île King George, Antarctique

Piotr J. Angiel et Malgorzata Korczak-Abshire

L'île King George (1 310 km2) est la plus grande des îles Shetland Sud. Elle est couverte de glaciers à 95 %.  Elle se situe au sud du passage Drake, une zone de très intense circulation atmosphérique et océanique (Fig. 1).

Figure 1 (a) Lieu de la station polonaise Arctowski, en Antarctique, (b) ZSPA-128 et ZSPA-151 sur l'île King George et à Arctowski (1).

Fig 1(a). Lieu de la station polonaise Arctowski en péninsule antarctique

Fig 1(b). Lieu de ZSPA-128 et la station polonaise Arctowski, (Baie Admiralty) et lieu de ZSPA-151 (Baie King George) sur l'île King George

L'île King George est située à peu près à la limite nord de la banquise, qui présente un intérêt particulier sur le plan biologique. À la station Arctowski, la température de l'air annuelle moyenne est de -1,6°C, et souvent le mercure oscille autour de 0°C. Les mesures des températures prises au cours des 30 dernières années montrent une variation de la température de l'air annuelle moyenne entre -3,6°C (1980) et +0,1°C (1989) (Kejna, 1999). Ces niveaux oscillent autour du point de congélation de l'eau de mer (~ -1,8°C) et du point de fonte de la glace (~ 0°C), qui représentent des valeurs très significatives. Nous avons noté de fortes corrélations entre l'état des glaces marines et celui des populations de phoques et de manchots. La diminution des glaces réduit la quantité de phytoplancton et le volume de krill antarctique (principale proie des phoques et manchots). Il faut signaler qu'on a observé de grandes quantités de phoques crabiers, de phoques de Weddell, de phoques de Rosss et de léopards de mer seulement sur la banquise; donc, la diminution de la glace de mer entraîne la réduction de leur habitat.

Au cours des 30 dernières années, des opérations de surveillance biologique et météorologique ont été menées dans la zone spécialement protégée de l'Antarctique (ZSPA) no 128 par des scientifiques de la station polonaise Arctowski, à Admiralty Bay (62° 10'S, 58° 2'O : www.arctowski.pl ). En 2008, un nouveau programme de surveillance saisonnière a été mis sur pied dans la baie de l'île King George (dans la ZSPA no 151). La surveillance des pinnipèdes couvre six espèces : l'éléphant de mer, le phoque de Weddell, le phoque de Ross, le phoque crabier, le léopard de mer et l'otarie de Kerguelen. Un recensement est effectué chaque année; tous les dix jours on compte les pinnipèdes dans un rayon de 10 km du littoral. Le compte inclut le nombre d'adultes et de blanchons pour chaque espèce de phoques ainsi que des regroupements selon le sexe pour l'éléphant de mer. Les observations d'oiseaux menées dans le cadre d'un programme de surveillance des oiseaux de rivage sont restreintes à la saison de reproduction dans la ZSPA-128 et la ZSPA-151. Elles incluent le recensement d'oiseaux, les études sur le succès de leur reproduction, les dossiers de baguage, le pesage des oisillons qui quittent le nid et l'observation d'espèces rares. Tous les dossiers aident à estimer l'approvisionnement alimentaire pour la saison.

Les tendances diffèrent pour les populations de mammifères marins, en Antarctique. La première tendance observée s'applique à plusieurs espèces, comme le phoque crabier (lobodon carcinophagus), le phoque de Weddell (lptonychotes weddellii), le phoque de Ross (ommatophoca rossii) et le léopard de mer (hydrurga leptonyx), qui sont les phoques de la banquise. Leur répartition, leur écologie alimentaire et leur reproduction sont étroitement liées à la glace de mer. Leurs nombres peuvent être affectés par les changements dans la biomasse de krill antarctique, puisque les phoques crabiers et les phoques de Weddell se nourrissent en général de krill s'ils en trouvent. Même le régime alimentaire de leur prédateur en bout de chaîne, le léopard de mer, se compose de krill à 60 % en septembre et octobre (Siniff, 1991). Pour l'île King George, l'occurrence annuelle maximale des trois espèces de phoques est observée entre septembre et octobre et dépend surtout de la présence de la banquise. Les années où il n'y a pas de glace, ces phoques qui en dépendent peuvent être moins nombreux, voire absents. Voilà pourquoi les responsables ont noté des sommets annuels pour ces phoques durant les décennies plus froides, soit dans les années 1970 et 1980, alors que les plus faibles nombres ont été observés au cours des deux récentes décennies plus chaudes. On a recensé le plus grand nombre de phoques de Weddell, une espèce qui se reproduit dans la région et dont les veaux naissent en septembre, dans la ZSPA-128 en 1978-1979. Le nombre maximum d'individus était d'environ 500. Depuis la fin des années 1970, leurs nombres ont diminué, puisque le maximum annuel noté en octobre 2008 était d'à peine six individus. Les phoques crabiers d'Admiralty Bay dépendent eux aussi grandement de l'état des glaces. Le maximum annuel noté de nos jours (environ 100 individus) montre un net contraste avec le chiffre enregistré (1 843 individus) au début des années 1980. Les léopards de mer, principaux prédateurs dans l'écosystème, chassent le phoque, le manchot, le poisson, le calmar et le krill. Aujourd'hui, on les voit plutôt rarement. Au cours des dix dernières années, six individus, au maximum, ont été aperçus en une seule saison dans l'île King George, alors que leur nombre était beaucoup plus élevé durant les plus froides décennies (60 en octobre 1978). Des phoques de Ross ont été aperçus seulement deux fois à Admiralty Bay entre septembre et novembre 1978 (Myrcha et Teliga, 1980), et en juillet 1992 (Rakusa-Suszczewski et Sierakowski, 1993). Ces chiffres montrent la plus faible représentation de pinnipèdes pour l'île King George.

L'éléphant de mer (mirounga leonina) et l'otarie de Kerguelen (arctocephalus gazella) sont des espèces qui évitent la glace. Ils cherchent leur nourriture dans les eaux libres l'hiver et se reproduisent sur la terre. Dans la ZSPA-128, le nombre d'éléphants de mer a diminué; en janvier 1979 on avait enregistré un maximum annuel de 964 qui est tombé à 490 en 2009. Le régime alimentaire de ces plongeurs en eau profonde (180 - 600 m) se compose presque entièrement de poissons et de calmars; la baisse des populations n'est donc pas liée à la diminution du krill. Les éléphants de mer restent dans l'île King George pour se reproduire et muer, et ils jeûnent durant ces périodes. On les aperçoit sur les aires de reproduction en septembre, et en octobre leur nombre, en forte corrélation avec la présence d'une banquette de glace le long du littoral, atteint habituellement le maximum annuel. Cette banquette de glace se forme dans la zone de déferlement pendant les tempêtes hivernales, et elle peut empêcher l'accès aux plages où ils se reproduisent. Au cours des dernières décennies plus chaudes, on a rarement vu la banquette, ce qui devrait faciliter la reproduction.

La population d'otaries de Kerguelen semble être encore en train de se rétablir après la période de chasse intensive qui a failli causer la disparition de l'espèce. Celle-ci a été absente des îles Shetlands Sud jusqu'en 1959. Dans la région de la péninsule antarctique, les otaries de Kerguelen semblent se nourrir presque exclusivement de krill. Dans l'île King George, la plupart sont recensées en février et mars. Elles arrivent pour se reposer et cherchent leur nourriture après avoir quitté leur aire de reproduction, au nord. On a noté une augmentation considérable de la population d'otaries de Kerguelen dans l'île King George. Depuis la fin des années 1970, le maximum annuel est passé de 447 à 2 920 (individus observés en mars 2006).

Les manchots qui se reproduisent dans l'île King George dépendent presque entièrement du krill. Ce groupe d'invertébrés qui ressemblent aux crevettes constitue environ 86,5 % du régime alimentaire des manchots papous (pygoscelis papua) et 99 % de celui des manchots à jugulaire (p. antarctica) et d'Adélie (p. adeliae) (Volkman at autres, 1980). Au cours des trois dernières décennies, le nombre de manchots à jugulaire (p. antarctica) et d'Adélie dans la ZSPA-128 a diminué, alors que la population de manchots papous a augmenté (voir le tableau 1).

Tableau 1. Changements dans le nombre de couples reproducteurs de manchots pygoscelis dans la ZSPA-128 et la ZSPA-151; données de a) Jablonski (1984b), et b) d'Angiel et Korczak (2008).

Manchots papousd'Adélieà jugulaireZSPA-1281980(a)2 13316 4054 5312006(b)3 0937 3751 116ZSPA-1511980(a)1 10512 345102006(b)2 2303 3423Changement (%)ZSPA-12845-55-75ZSPA-15150-73-

Le nombre de couples reproducteurs de manchots d'Adélie et de manchots à jugulaire a baissé, alors que la population de manchots papous a augmenté. Ces derniers se sont adaptés au doux climat de leur aire subantarctique. Ils ne migrent pas et ne jeûnent pas, le rythme de croissance de leurs petits est lent, et la période de relève au nid est courte (Trivelpiece et autres, 1987). Les manchots d'Adélie, qui adorent la glace, sont migrateurs, mais leur période de relève au nid est plus longue et le rythme de croissance de leurs petits est plus rapide. La diminution du nombre de manchots à jugulaire est plus surprenante parce que cette espèce évite les glaces. Cependant, comme ces manchots se nourrissent presque entièrement de krill, Trivelpiece et autres (2011) ont associé les deux baisses à l'effet du réchauffement climatique sur leurs proies.

L'écosystème de l'île King George abrite une grande variété de consommateurs de niveau supérieur, notamment des phoques, cétacés et oiseaux marins. Tous ces prédateurs sont très liés à la biomasse de krill antarctique. Comme la population de krill diminue avec le réchauffement climatique, la biomasse disponible pour les consommateurs s'amoindrit, et la concurrence peut s'intensifier (Trivelpiece et autres, 2011). L'emplacement de l'île King George, à la limite nord de la banquise d'hiver, est crucial pour de nombreuses espèces. Comme on a enregistré dans cette région l'une des plus fortes augmentations de température, il semble que la limite se déplacera vers le sud, ce qui réduirait la zone d'habitat pour le phoque crabier, le phoque de Weddell et le léopard de mer. Les nouvelles conditions ambiantes devraient être favorables aux espèces qui ne dépendent pas de la glace. Néanmoins, il est plus difficile d'évaluer l'impact du changement lié au climat pour les populations d'éléphants de mer et d'otaries de Kerguelen. Celle des otaries pourrait être encore en train de se rétablir de l'effet des captures. Au cours de nos trois décennies de surveillance, nous avons consigné la baisse de la population de manchots d'Adélie, qui dépendent des glaces. Les chercheurs devraient noter l'opposé dans les populations de manchots à jugulaire et de manchots papous qui ne tolèrent pas la glace. Or, seules les populations de manchots papous ont augmenté dans l'île King George. Dans le cas des manchots à jugulaire, la baisse de leur population est attribuée à différents facteurs : la réduction de la biomasse de krill qui est liée au climat et la concurrence accrue pour le krill.

Références

Angiel, P. et M. Korczak. 2008. Comparison of population size of penguins concerning present and archive data from ASPA 128 and ASPA 151 (King George Island). Dans Klepikov, A., éd. Polar Research: Arctic and Antarctic Perspective in the International Polar Year. Conférence scientifique publique sur l'API du CSRA/CISA, 8-11 juillet 2008, Saint-Pétersbourg, Russie. Résumé. Saint Pétersbourg, Elektronstandart-Print, société à capital social. Institut de recherche arctique et antarctique, 241. (résumé S1.8/P03.)

Hucke-Gaete, R., L.P. Osman, C.A. Moreno et D. Torres. 2004. Examining natural population growth from near extinction: the case of the Antarctic fur seal at the South Shetlands, Antarctica. Polar Biol., 27(5), 304-311.

Jablonski, B. 1984a. Distribution, number and breeding preferences of penguins in the region of the Admiralty Bay (King George Islands, South Shetland Islands) in the season 1979/80. Pol. Polar Res., 5(1-2), 5-16.

Jablonski, B. 1984b. Distribution and numbers of penguins in the region of King George Island, South Shetland Islands in the breeding season 1980/81. Pol. Polar Res., 5(1-2), 17-30.

Kejna, M. 1999. Air temperature on King George Island, South Shetland Islands, Antarctica. Pol. Polar Res., 20(3), 183-201.

Myrcha, A. et K. Teliga. 1980. Observations of pinnipedian mammals in the vicinity of Arctowski Station (King George Island) in 1978. Pol. Polar Res., 1(1), 117-126.

Rakusa-Suszczewski, S. et K. Sierakowski. 1993. Pinnipeds in Admiralty Bay, King George Island, South Shetlands (1988-1992). Pol. Polar Res., 14(4), 441-453.

Siniff, D.B. 1991. An overview of the ecology of Antarctic seals. Am. Zool., 31(1), 143-149.

Trivelpiece, W.Z., S.G. Trivelpiece et N.J. Volkman. 1987. Ecological segregation of Adélie, Gentoo, and Chinstrap penguins at King George Island, Antarctica. Ecology, 68(2), 351-361.

Trivelpiece, W.Z., J.T. Hinke, A.K. Miller, C.S. Reiss, S.G. Trivelpiece et G.M. Watters. 2011. Variability in krill biomass links harvesting and climate warming to penguin population changes in Antarctica. Proc. Nat. Acad. Sci. É.-U. (PNAS), 108(18), 7625-7628.

Turner, J. et 8 autres. 2005. Antarctic climate change during the last 50 years. Int. J. Climatol., 25(3), 279-294.

Volkman, N.J., P. Presler et W. Trivelpiece. 1980. Diets of pygoscelid penguins at King George Island, Antarctica. Condor, 82(1), 373-378.

Piotr Angiel (pangiel@uwo.ca) est venu au Canada après avoir passé plus de deux ans (y compris les hivers) à la station polonaise  Arctowski, en Antarctique, en tant que membre des groupes chargés de la surveillance  des mammifères marins et des manchots. Actuellement, il est doctorant au Département des sciences de la Terre à l'Université Western Ontario, London, Ontario.

Malgorzata Korczak-Abshire coordonne le programme de surveillance des mammifères marins et des oiseaux de rivage à la station Arctowski depuis 2006. Elle travaille pour le Département de biologie antarctique, Académie polonaise des sciences, à Varsovie, Pologne. Elle est présidente de la branche polonaise de l'Association of Polar Early Career Scientists (APECS).

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La Loi sur la protection de l'environnement de l'Antarctique

Paul Mudroch

La Loi sur la protection de l'environnement de l'Antarctique (LEPEA) vise à protéger l'environnement antarctique en appliquant le Protocole au Traité sur l'Antarctique relatif à la protection de l'environnement (également appelé Protocole de Madrid). Elle instaure la base législative nécessaire pour que le Canada puisse encadrer les activités canadiennes dans l'Antarctique et s'acquitter de ses obligations en vertu du Protocole. Le ministre de l'Environnement est chargé d'appliquer la LEPEA.

La LEPEA vise les Canadiens, les aéronefs et les navires canadiens selon la définition fournie par la Loi.  Dans cette loi, le terme « Canadiens » inclut les citoyens canadiens, les résidents permanents et les entreprises canadiennes. La Loi vise également toute personne qui participe à une expédition canadienne dans l'Antarctique. Aux fins de la Loi, une expédition canadienne est une expédition organisée au Canada ou dont le lieu final de départ est au Canada. La Loi interdit expressément aux Canadiens et aux navires canadiens d'entreprendre les activités suivantes en Antarctique, peu importe les circonstances : 

  • Endommager les monuments et sites historiques;
  • Brûler des déchets à l'air libre;
  • Éliminer des déchets dans les zones libres de glace ou les milieux d'eau douce;
  • Déverser en mer des produits ou substances nuisibles pour l'environnement marin, sauf dans les conditions prévues pour l'élimination des résidus ménagers liquides à l'Article 43 du Règlement;
  • Introduire des substances interdites dans l'Antarctique;
  • Posséder, vendre ou transporter des produits obtenus en contravention à la Loi ou à son Règlement;
  • Mener des activités liées aux ressources minérales pour des motifs autres que scientifiques;
  • Entraver le bien-être des animaux sauvages propres à l'Antarctique;
  • Introduire des espèces animales ou végétales non indigènes en Antarctique;
  • Toute activité liée à l'élimination des déchets; et
  • Toute activité dans une zone spécialement protégée.

Il n'est pas nécessaire que chaque membre d'une expédition, ou toute personne qui souhaite entreprendre une activité dans l'Antarctique, fasse une demande de permis. Une personne peut le faire au nom des autres. Les conditions s'appliquent à toute personne ou au navire visé par le permis. La personne qui demande et/ou obtient un permis est le titulaire de permis. Le titulaire de permis est responsable de chaque navire et des  actes de chaque personne visée par le permis. Les demandes de permis doivent être envoyées à Environnement Canada par un représentant de l'expédition ou du groupe.

Compte tenu des efforts engagés à l'échelle mondiale pour mettre en œuvre le Protocole et du désir d'éviter la redondance, l'autorisation écrite d'un autre pays, qui est partie au Protocole de Madrid, est un substitut adéquat pour l'obtention d'un permis en vertu de la LEPEA.

Les formulaires de demande de permis sont annexés au Règlement sur la protection de l'environnement de l'Antarctique. Pour obtenir une copie du Règlement, le formulaires de demande de permis, ou des renseignements généraux, veuillez communiquer avec le bureau indiqué ci-après. Les demandes de permis doivent être envoyées à :

Programmes de protection marine
Environnement Canada (À l'attention de : Programme de protection de l'environnement en Antarctique)
351, boulevard Saint-Joseph, 16e étage
Place Vincent Massey
Gatineau, Québec K1A 0H3, Canada
Tél. : 819-956-1313
Courriel : antarctique-antarctic@ec.gc.ca
www.ec.gc.ca/gdd-mw/default.asp?lang=Fr&n=AEB7D114-1

Paul Mudroch (paul.mudroch@ec.gc.ca) travaille au Bureau de protection du milieu marin d'Environnement Canada. Il est chargé des permis pour l'Antarctique.

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